Résumé synthétique du Café Philosophique 2015-2016

Café Philosophique. Bordeaux 2015-2016. Résumé Annuel des dix Séances et des dix Thèmes.

Café Auguste Place de la Victoire. Animateur du Café Philosophique : Christophe Steinlein.

 

Introduction – Présentation :

Un café Philosophique s’est ouvert au Café Auguste Place de la Victoire à Bordeaux, animé par Christophe Steinlein, professeur Agrégé de Philosophie à Bordeaux, tous les derniers vendredis du mois, de septembre à juin inclus (relâche en juillet –août) de 19h à 20h, suivi éventuellement d’un dîner au Café Auguste pour les Volontaires. Au cours de ces dix Séances dix thèmes ont été examinés et débattus.

Des Flyers (prospectus détachés et volants) ont été distribués à chaque fois aux participants et déposés au Café Auguste un mois à l’avance pour permettre à chacun de se déterminer et de se positionner par rapport au Thème choisi par l’Animateur (en fonction de ses goûts, de ses préoccupations philosophiques, et de l’urgence des questions, ainsi que de la progressivité de la réflexion, mais dorénavant pour l’année prochaine les Thèmes (horizon de réflexion)  pourront être choisis par les Participants par débat en séance, et de courts exposés pourront être faits par les Participants) et ils portaient tous en exergue des citations en forme d’injonction à penser par soi-même :

« Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le Difficile qui est Chemin » (Sören Kierkegaard, Penseur Danois du 19ème siècle).

« La Philosophie n’est pas un Temple mais un Chantier » (Georges Canguilhem, Epistémologue, Philosophe des Sciences et Théoricien de la Connaissance, français du 20ème siècle).

« La fonction de Penser ne se délègue pas »  (Alain, alias Emile Chartier, Philosophe et Moraliste français du 20ème siècle).

« L’Amour pour Principe, l’Ordre pour Base, le Progrès pour But » (Auguste Comte, Philosophe français du 19ème siècle).

« Ad Augusta per Angusta, Vers les Sommets par des Chemins étroits » (Horace, Poète et Penseur latin du 1er siècle avant J.C.).

« Ad Astra per Aspera, Vers les Etoiles à travers les Difficultés » (Victor Hugo, Poète et Penseur français du 19ème siècle).

Ces Séances de réflexions et de débats où chacun peut s’exprimer librement sans aucune contrainte si ce n’est celle de penser par soi-même, sont ouvertes à tous, entièrement publiques. « Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire avec les Autres, qui nous communiquent leurs pensées et à qui nous communiquons les nôtres ? » demande Emmanuel Kant (Philosophe allemand de Lumières, 18ème siècle).

Ces Séances, groupes de réflexions et de débats, ne sauraient être des Leçons, des Cours, des Conférences ou autres communications savantes, mais prétendent actualiser la pensée in vivo et non pas in vitro !!

 

Séance 1 du Vendredi 25 septembre 2015.

Thème 1 : Qu’est-ce que la Philosophie ?

La Philo-sophie est par définition l’Amour et le désir rationnels de la Sagesse c.à.d. la Connaissance rationnelle de Soi, des Autres, et du Monde. (Philein en grec signifie aimer, désirer, et Sophia désigne la Sagesse). Mais dès lors se pose un problème : a-t-on vraiment besoin de la Philosophie pour vivre (« Primum vivere, deinde philosophari, d’abord vivre ensuite philosopher »)?  En effet la Philosophie ne semble-t-elle pas inutile et dangereuse, parce qu’elle pourrait nous freiner dans l’urgence du vivre que l’on peut par ailleurs satisfaire, réaliser et accomplir instinctivement ? Quels sont donc l’être, l’essence et le concept de la Philosophie, pour qu’elle puisse devenir un passage obligé de l’existence humaine ? En quel sens et dans quelle mesure l’acte de penser par soi-même constitue l’attitude philosophique par excellence ? Penser par soi-même signifie le souci et l’effort, assortis d’un travail constant sur Soi, pour ne pas subir passivement l’influence des préjugés et des représentations extérieures. « Penser c’est remercier, Denken ist Denken »  affirme Heidegger (Philosophe et Penseur phénoménologue allemand du 20 ème siècle) en un jeu de mots célèbre. Remercier n’est-ce pas ici reconnaître cette Merveille que l’Être simplement soit (il y a quelque chose plutôt  que rien, il ya le  « il y a »). « Le Questionnement est la Piété de la Pensée », dit d’autre part Heidegger (« Die Frage ist die Frömmigkeit des Denkens »). Philosopher, dès lors, n’est-ce pas accorder Foi et Fidélité au Questionnement, à la Recherche (Questio, Quête en latin), et à la Problématisation (mise en perspective d’une alternative dans l’horizon d’un thème immuable, l’Esprit, le Sens, la Vérité) ?

Séance 2 du Vendredi 30 octobre 2015.

Thème 2 : Temps, Existence, Finitude.

Il faut distinguer en première analyse, comme toujours, différents niveaux de sens du concept de Temps : il y a le Temps extérieur, mathématisé, socialisé, physicalisé (le temps comme variable mesurable et quantitative), et puis le Temps intérieur à chaque conscience, c.à.d. la Durée chez Saint Augustin (Père de l’ Eglise du 4ème siècle Après J.C.) et Henri Bergson (Philosophe spiritualiste français du 19ème siècle) qui dure en sa dureté (infrangibilité et irréfragabilité) ontologique, incompressible irréductible, irréversible. C’est précisément ce second niveau de sens qui pose problème dans son rapport à l’existence humaine, Existence qu’il faut bien distinguer à son tour de l’Être et de la Vie. Ex-ister, n’est-ce pas pour l’humain s’attacher courageusement au « dur Désir de durer » dans « l’ardent Désir du haut Bien désiré » (le Temps d’Eternité) (Maurice Scève, Poète et Penseur français du 16ème siècle, Renaissance Française) ? Ex-ister, pour l’humain, n’est-ce pas d’abord et avant tout nourrir le projet de Durer, de faire quelque chose de sa Durée conscientielle propre ? Sans compter le fait que si  l’homme n’a pas de nature pré-constituée (contrairement aux animaux), il est cependant soumis à une Condition humaine qui se décline selon quatre dimensions irréductibles et inexorables : 1. Il est jeté dans le Monde sans l’avoir choisi 2. Il est parmi les Autres 3. Il est au Travail  4. Il est Mortel. Ainsi se met en place la question de la Finitude humaine face à sa Nostalgie de l’Être et à son Désir d’Eternité. Nous n’avons pas toujours existé, nous n’existerons pas toujours, et il nous faut Ex-ister selon notre durée propre. Comment ek-sister (sortir de Soi, se pro-jeter) dans la Durée, comment faire de notre Finitude (horizon toujours possible de notre Mort, et non pas de notre péril, car « L’animal ne fait que périr, seul l’homme sait qu’il va mourir », rappelle Heidegger, Philosophe allemand du 19ème siècle), le signe et le matériau mêmes de notre Liberté en sa Vérité même ?

Séance 3 du Vendredi 27 novembre 2015.

Thème 3 : Liberté et vérité.

Qu’est-ce que la Liberté humaine ? Qu’est-ce que la Vérité ? La liberté n’est pas du tout la capacité de faire tout ce que l’on désire ni tout ce qui nous passe par la tête et le cœur (inclinations, penchants, tendances, caprices, fantaisies). Il y a des lois naturelles (données de toute Eternité par la Nature) et sociales (positives, posées par l’humain) que l’on ne peut pas contourner sans être responsable et subir des conséquences inévitables et nécessaires. Tous les grands Penseurs ont souligné le lien entre la Liberté et la Loi : la Liberté c’est « pouvoir toutes choses sur Soi » (Michel de Montaigne, Penseur français de la Renaissance), « ne dépendre que des Lois » (Voltaire, Philosophe français des Lumières), « obéir à la Loi qu’on s’est prescrite » (Jean-Jacques Rousseau, Philosophe français des Lumières), « pouvoir faire tout ce que la Loi autorise et n’être pas contraint de faire ce qu’elle interdit » (Charles de Montesquieu, Philosophe des Lumières) enfin « pouvoir ce qu’on veut et vouloir ce qu’il faut » (Jacques Bossuet, Evêque de Meaux, Confesseur de Louis XIV, 17ème siècle). Mais le rapport de la Liberté à la Vérité n’est-il pas encore plus étonnant ? La vérité ne se réduit pas à son niveau de sens le plus évident et immédiat, à savoir l’adéquation (la convenance) entre une chose et ce qu’on dit d’elle. N’est-elle pas plus profondément ce qui se montre, se manifeste, se dés-occulte, se dés-obstrue, dans l’immédiate évidence (ce qui se voit de soi-même) de l’intuition ? Dès lors comment relier Liberté et Vérité humaines ? Le propre de l’humain, n’est-ce pas ce souci et cet effort inlassable et incessant de libérer et dé-livrer (livrer à la pleine possession d’elle-même) la vérité qui gît occultée et oubliée au fond de lui-même, par-delà l’emprise et l’enchaînement des passions ? Comment libérer la Vérité en nous, et symétriquement, comment rendre notre Liberté vraie et authentique par un constant effort de libération par l’exercice de la raison (raisonnabilité et rationalité) ? La Vérité de l’humain, n’est-ce pas précisément sa Liberté, et réciproquement la Liberté de l’humain ne réside-t-elle pas tout entière dans cette lente et progressive appropriation singulière et universelle de soi ?

Séance 4 du Vendredi 18 décembre 2015 (le Vendredi 25 décembre, Jour de Noël, étant férié).

Thème 4 : Foi et Raison.

Nous sommes tous soumis à la croyance : pour être, vivre ou exister en tant qu’humains, il nous faut nécessairement croire à quelque chose, c.à.d. adhérer sans démonstration logique et rationnelle à des représentations essentielles : nous croyons à la Vie, à l’Amour, à l’Humanité, à la Liberté, à la Vérité, au Bonheur, à Nous-mêmes, à la Réalité immédiate et vitale, c.à.d. que nous acceptons en quelque sorte passivement et persuasivement la réalité de la plupart de nos représentations, même si nous disposons de la faculté de libre-arbitre (décider par soi de choisir telles représentations indépendamment des préjugés et des influences extérieures) et de doute (refuser telle évidence, telle intuition). Mais la Foi est un acte plus profond de l’Esprit, un acte de Volonté et de Fidélité à une représentation qui n’est pas démontrée par la raison, qui peut-être même n’est pas raisonnable, bien loin d’être rationnelle. Nous ne savons pas si Dieu existe (son existence n’est ni démontrable ni infirmable) si l’Âme est mortelle ou immortelle, indécomposable) si notre Volonté est libre ou enchainée à la Causalité externe. « Pour comprendre il faut avoir la Foi »  dit Saint Augustin (Père de l’Eglise latine du 4ème siècle après J.C.). « Je crois parce que c’est ab-surde » (sourd à toute raison rationnelle et raisonnable) nous propose Tertullien (Père de l’Eglise Latine du 3ème siècle après J.C.). Dès lors la Foi (en un Sens transcendant du Monde) et la Raison (comme régulatrice du Visible et du Sensible) sont-elles compatibles ? Le scientifique qui maîtrise la représentation rationnelle et matérielle du Réel peut-il sans contradiction nourrir une Foi en un sens ultime et transcendant (dépassant infiniment le Donné sensible) de la Vie, en une Pro-vidence, une Intelligence, une Volonté et une Sensibilité infinies qui pré-voiraient (pro-videre) (et pourvoiraient à) la Destinée du Monde? Comment avoir Foi en la Raison et comment rendre sa Raison compatible avec sa Foi ?

Séance 5 du Vendredi 29 janvier 2016.

Thème 5 : Art et langage.

L’Art (à la fois, et complémentairement, comme activité artistique créatrice et comme activité esthétique contemplative et réflexive) occupe une place centrale dans l’économie et l’organisation de la Réalité humaine : « Nous avons l’Art pour ne pas mourir de la Vérité » nous avertit Frédéric Nietzsche (Penseur et Philosophe allemand du 19ème siècle). L’Art, dans ses deux acceptions mentionnées ci-dessus (artistique et esthétique) sert essentiellement d’une part à dégager une unité de la Réalité de la vie (même dans la transfiguration du banal, propre à l’Art moderne et contemporain), un Style et un Goût, et à exprimer au sens linguistique et langagier du terme une Idée invisible dans une Forme sensible, et cela dans les trois grandes catégories de l’Art : les Arts du Langage et de la Parole (Poésie, Eloquence, Théâtre, Récit), les Arts visuels (Architecture, Sculpture, Peinture, Gravure, Dessin) et les Arts sonores (Musique, Opéra, Danse). Or le Langage, comme faculté propre de l’humain de composer des énoncés singuliers doués de sens par la prolation et la profération (Langage qui induit la constitution des Langues comme systèmes de signes et l’usage de la Parole comme exercice inventif et singulier du sens, Oral ou Ecrit), prétend lui aussi véhiculer et exprimer des Idées et du sens, et il prétend lui aussi à l’habileté technique artisanale (les Arts oratoires et de l’Eloquence). Dès lors n’y a-t-il pas concurrence entre ces deux prétentions au Sens et à l’Idée ? L’art est-il le seul Langage authentique ? (La Musique exprime-t-elle quelque chose, par exemple ?). Inversement, le langage comme Parole, écrite ou orale, est-il le seul Art authentique et profond qui toucherait à l’essence de l’Être ? En somme, peut-on compter sur l’art (artistique et esthétique indissolublement) pour exprimer un Sens une Unité, un Style, une Education de l’humain, comme peuvent le faire la Langue et la Parole (Elocution et Eloquence) ? Comment faire retrouver à l’Art toute sa dimension expressive, et inversement comment redonner au Langage et à la Parole toute leur dimension artistique et esthétique ?

Séance 6 du Vendredi 26 février2016.

Thème 6 : Amitié (Philia), Amour (Eros), Charité (Agapè).

Parmi toutes les Passions dont se trouvent affectés les humains (la plupart passives et négatives) trois Passions émergent et apparaissent comme dignes d’être prises en considération, parce qu’elles sont sources de Vertu, d’Excellence et d’Accomplissement de Soi (elles passent dialectiquement par la série progressive : Emotion-Passion-Sentiment d’après Alain, alias Emile Chartier, Philosophe et Moraliste français du 20ème siècle). D’abord on trouve l’Amitié, dont il faut distinguer une forme inauthentique (l’amitié intéressée par les échanges de bons procédés, donnant-donnant) et une forme noble authentique et véritable, l’Amitié désintéressée qui consiste dans un échange pour moitié (moitié-moitié) des Idées, de l’Esprit, des Projets, bref, de l’existence pure et nue. Distinguons bien encore la Sociabilité, la Camaraderie et l’Amitié, qui est une relation privilégiée, précieuse et fragile avec l’Autre, qu’on juge être son Semblable,, son Frère (en Amitié «Qui se ressemble s’assemble»,  dit-on, alors qu’en Amour « les contraires s’attirent »).Quels sont donc les rapports d’opposition ou de complémentarité de l’Amitié et de l’Amour ? Comment passe-t-on de l’un à l’autre ? L’Amitié et l’Amour ne sont-ils pas des illusions, ou tout au moins des formes extrêmement rares de la relation à l’Autre, qui est considéré, il faut bien le souligner, la plupart du temps, soit comme un obstacle à éliminer soit comme un moyen à utiliser et asservir ? Encore faut-il aussi distinguer deux formes différentes et hiérarchisées de l’Amour : l’Amour de Concupiscence (convoitise, regard intéressé) et l’Amour de Bien-veillance (souci de veiller de manière désintéressé au Bien de l’Autre). En quel sens l’Amour est peut-être aussi une forme supérieure d’Amitié qui converge et confine vers la Charité, la Grâce (Charis en grec) du pur Don et de la pure Générosité envers le Prochain, ce qui n’est pas du tout une condescendance (comme le Don Juan de Molière qui donne un Louis d’or au Mendiant dans la Forêt : « Vas ! Je te le donne pour l’Amour de l’Humanité »), ou un mépris affecté et narcissique de supériorité, mais une véritable Pitié au sens rousseauiste de la Commisération et de la Miséricorde, un partage sincère de la Misère de l’Autre ? L’Amour peut-il se transformer et se transfigurer en Charité pure, ou bien est-il radicalement séparé de l’Amitié et de la Charité? Nous avons le Droit parce que nous n’avons pas de Morale et nous avons la Morale parce que nous n’avons pas d’amour, d’où l’injonction de Saint Augustin : « Aime, et alors fais ce que tu voudras ». L’amour n’est-il que l’élément transitoire, médiat et médian, de la Série examinée, ou bien est-il le point culminant (l’Acmé en grec, le Summum en latin) vers lequel converge les deux autres  termes ?

Séance 7 du Vendredi 25 mars 2016.

Thème 7 : La Morale et la Politique.

« Ceux qui voudront étudier séparément la Morale et la Politique n’entendront jamais rien à aucune des deux ». C’est par cette remarque cinglante que Jean-Jacques Rousseau, dans son ouvrage Emile (sur l’Education), oppose une fin de non recevoir aux demi-habiles qui verraient l’occasion de profiter de l’opportunité d’une séparation de la Morale et de la Politique pour atteindre des buts peu recommandables, sous prétexte d’obéir à la Réalité concrète en laissant les abstractions de la Morale  aux théoriciens. Qu’est-ce que la Morale, qu’est-ce que la Politique, quels sont leurs points de convergence et de divergence ? Peut-on les maintenir ensemble alors qu’apparemment tout les oppose, puisque la Morale (à ne pas confondre avec l’Ethique qui est le souci rationnel d’Accomplissement et de Salut de Soi) est l’exigence absolue du Respect de l’Autre, de Soi et de l‘Humanité en général, tandis que la Politique vise des buts plus immédiatement utiles et urgents, vitaux en quelque sorte, puisqu’il s’agit de déterminer quels sont les meilleures conditions du vivre ensemble et de l’exercice du pouvoir ? C’est un éternel Problème, résolu par Platon (Philosophe grec du 5ème siècle après J.C.) de manière optimiste en son ouvrage La République (sur la Justice), que de savoir si le Roi (c.à.d. le Prince ou le chef d’Etat), dont la fonction est politique : acquérir, conserver et distribuer le Pouvoir), peut et doit devenir Philosophe, c.à.d. avoir le souci du Bien moral (souci absolu et inconditionnel de l’Autre), et réciproquement si le Philosophe peut et doit devenir Roi (comme étant la seule Personne réellement compétente par sa Vertu pour cette fonction). Ce Problème est à l’inverse résolu négativement et pessimistement par Emmanuel Kant (Philosophe allemand des Lumières) dans son ouvrage Fondements de la métaphysique des mœurs, où il montre que le Philosophe ne peut être au mieux qu’un Conseiller avisé du Prince, entièrement à son service. Le moraliste peut-il légitimement et vraisemblablement s’occuper de Politique, lui qui est tourné vers de belles Abstractions, pures mais déréalisées (« Le kantisme a les mains pures mais il n’a pas de mains » dit le philosophe français du 20ème siècle Georges Canguilhem) ? Et inversement le Politicien peut-il se préoccuper de la Morale sachant que selon Machiavel, Penseur du politique pendant la  Renaissance italienne, « Tout Pouvoir corrompt et le Pouvoir absolu corrompt absolument » ? L’histoire humaine et son cortège sinistre de maux et de catastrophes ne montre-telle pas a contrario que la Politique réelle se passe parfaitement de la Morale, et qu’inversement l’exigence morale (du Souci de Respect de l’Autre) reste totalement abstraite et ne peut aucunement favoriser le Progrès humain ? Le fait du Prince et la Raison d’Etat ne constituent-ils pas dès lors la démonstration criante que la Politique (obtention et conservation du Pouvoir) n’a que faire de la Morale et que symétriquement celle-ci ne peut absolument pas comprendre et maîtriser les arcanes (mécanismes secrets) du Politique et de la Politique ? Et pourtant n’est-il pas légitime (fondé en raison) d’envisager une Politique morale, jusqu’à un certain point (ce qui malgré tout reste incompatible avec la Morale comme exigence inconditionnelle du Respect) et de concevoir une Morale politique, adaptée à la Réalité politique (Morale pragmatique et utilitariste qui vise le plus grand Bien pour le plus grand Nombre avec le moins de mal qu’il est possible de faire) ?

Séance 8 du Vendredi 29 avril 2016.

Thème 8 : Poésie et Vérité.

Comment est-il possible de penser ensemble la Poésie et la Vérité, dès lors que l’on souhaite conférer à la Poésie une certaine Dignité et un certain Sérieux, éloignés de l’arbitraire dans lequel on la confine confidentiellement le plus souvent ? En effet la Poésie appartient aux Arts du Langage et elle est réputée être très subjective (Platon dans sa République se méfie d’elle comme Art du Mensonge et propose d’exiler les Poètes de la Cité !) par opposition à la Vérité définie traditionnellement comme l’objectivité même d’une adéquation universelle entre une chose et le discours que l’on produit sur elle par les représentations de l’entendement. Pourtant déjà Aristote disait dans son ouvrage La poétique que « La Poésie est plus philosophique que l’Histoire » car elle parle de ce qui peut être éternel et universel alors que l’Histoire réputée pourtant objective, car s’appuyant sur les faits, reste enfermée dans la contingence du Moment. Mais si l’on choisit de donner une autre définition de la Vérité comme Manifestation, dés-Occultation, et dés-Oubli de ce qui doit se montrer, ne parvient-on pas à conférer à la Vérité une véritable dimension poétique? La Poésie n’est-elle pas d’ailleurs et avant tout un effort de création de sens, unitaire  et originaire, donc une création de vérité par opposition aux sciences objectives qui ne font que répéter et reproduire des schémas figés qui se trouvent adéquats à nos représentations de la réalité ? Ainsi comment retrouver la dimension profonde et intime de Vérité et d’Authenticité de l’Acte et du Produit poétique ? Quelle est donc la vérité de la Poésie et réciproquement quelle est la valeur éminemment poétique de la Vérité ? Le Poète et son Poème restent à l’écoute silencieuse de la Vérité la plus profonde du Réel (selon Heidegger, Philosophe allemand du 20ème siècle « L’écoute est la forme la plus haute de la Parole »), ils parlent de l’Eternel et de l’Universel et inversement le Savant, le Scientifique, ayant fait le tour de l’objectivité possible, se prennent à rêver poétiquement de ce que peut être le Cosmos infiniment grand et infiniment petit. Goethe (Poète et penseur allemand du 18ème siècle) a intitulé son Autobiographie intellectuelle : Poésie et vérité (Dichtung und Wahrheit), parce qu’il a toujours cherché de son propre aveu la Poésie dans ses Investigations scientifiques, dans sa Recherche de la Vérité. Et inversement il s’est toujours efforcé de poétiser avec le Souci de Vérité (ce qu’on appelle la Probité).

Séance 9 du Vendredi 27 mai 2016.

Thème 9 : Liberté, Solitude, Bonheur.

Pour être libre ne faut-il pas d’abord être seul (non pas isolé ou esseulé, non pas le sentiment de Solitude mais l’acte libre et responsable de Solitude) ? De même, pour être vraiment seul (non pas se sentir seul mais être véritablement face à son Destin et l’affirmer en pleine responsabilité) ne faut-il pas d’abord être heureux ? Ainsi les trois termes de la série proposée à notre réflexion ne semblent-ils pas être disposés dans un ordre arbitraire mais plutôt relever d’une Hiérarchie (un Ordre de Préséance et de Précellence) qui les lie nécessairement entre eux en une progression dialectique (par oppositions et contradictions successivement surmontées) ? Mais d’abord qu’est-ce que la Liberté, déjà rencontrée au cours d’une Séance précédente ? Il ne faudrait pas confondre être libre et être en liberté. L’animal peut être en Liberté c.à.d. disposer de tous ses degrés naturels de liberté, avoir toute latitude pour se mouvoir et vivre selon sa nature et la Nature. Mais seul l‘humain est libre véritablement par son libre-arbitre et sa faculté de doute et de refus par Volonté (qui est très différente du Désir). Dès lors être libre c.à.d. pouvoir s’accomplir en son âme et conscience suppose une certaine Solitude, non pas un Isolement (car nous ne sommes rien sans les Autres) ni un Esseulement affectif (car nous avons un besoin vital d’aimer et d’être aimé) mais un effort pour se tenir debout face à son Destin, dont Hegel (Philosophe allemand du 19ème siècle) dit qu’il est « la conscience de Soi mais comme d’un ennemi ». Le Destin de chacun c’est sa Solitude, c’est ce qu’il a à surmonter intimement à chaque Instant en refusant l’entraînement des Passions et de la Causalité extérieure. Cela ne suppose-t-il pas une Foi et une fidélité accordées à la Raison, à la Puissance (du) rationnel(le) ? Mais être capable d’être seul au milieu des Autres face à soi-même et à son Destin, cela ne suppose-t-il pas à son tour, si l’on ne veut pas confondre l’être seul, serein et souriant, avec le se sentir seul, gémissant et grimaçant, d’être heureux ? Mais qu’est-ce que le Bonheur ? Encore ne faut-il pas le confondre, et donc le distinguer soigneusement, avec le Plaisir, le Bien-être, la Félicité (Chance) et la Béatitude (fusion peu probable avec la Déité et la Transcendance inexplicables). Le bonheur contrairement à son étymologie (son origine et sa racine) n’est pas non plus identifiable avec la Chance (bonne Heur). Le Bonheur n’est-il pas plutôt une Joie (et non pas une Jouissance) et un Contentement dû à l’exercice d’une Générosité intellectuelle et rationnelle qui, par une Foi en elle-même et une Fidélité à elle-même, accomplit en pleine Volonté tout ce qui est en son Pouvoir (ce qui suppose à son tour de bien se connaître donc de philosopher) ? Alain (Philosophe et Moraliste français, alias Emile Chartier) dit bien que « Le Bonheur, c’est un travail réglé et des Victoires après des Victoires ». Si toute la nature de l’humain est de penser, d’après Blaise Pascal (Penseur religieux français du 17ème siècle) et si le Bonheur comme Bien suprême (le plus haut) et  Bien souverain (le plus universel) est de penser, de contempler et de réfléchir, alors l’humain n’atteint-il pas sa pleine finalité (en-télé-chéia et en-ergéïa, en grec) quand il est à la fois libre, seul et pensant ? N’y a-t-il pas, bien loin d’une incompatibilité, une osmose et interpénétration des trois Termes de la Série, dans la mesure où dans la Liberté nous trouvons de la Solitude et du Bonheur, dans la Solitude nous trouvons de la Liberté et du Bonheur, et enfin dans le Bonheur nous trouvons de la Liberté et de la Solitude ?

 

 

Séance 10 du Vendredi 24 juin 2016.Thème 10 : Nihilisme, Fanatisme, Terrorisme.(Ou : Comment comprendre l’Actualité de notre Monde ?)

L’acte de philosopher ne consiste pas,, pour la Réalité humaine, uniquement dans le maniement et la manipulation des Concepts abstraits dans le seul but de parvenir à une intelligibilité d’elle-même. La philosophie peut et doit aussi s’intéresser à l’Actualité de notre Monde, à l’historicité et la temporalité de la Réalité humaine. La Philosophie se nourrit de ce qui n’est pas intrinsèquement elle-même. L’humain est situé dans l’Histoire, en proie au Mal, à la Souffrance, à la Violence et à l’Injustice, il est aussi pris dans le tissu des Sociétés, qui exercent sur lui des pressions externes souvent intenables. L’Histoire humaine traverse des Epoques. Notre époque a été diagnostiquée par Frédéric Nietzsche (Philosophe et Penseur allemand du 19ème siècle) comme étant traversée de part en part et de fond en comble par le Nihilisme. Qu’est-ce que le Nihilisme ? C’est la Tyrannie du Rien (nihil en latin) du Vide, du Néant, c’est la perte progressive, jusqu’à complète asphyxie, du Sens et des Valeurs qui ont constitué jusqu’à présent des Horizons et des Repères pour l‘humanité. Notons bien que le Nihilisme n’est pas une Fatalité écrite d’avance et survenant indépendamment des humains : « Plutôt vouloir le Rien que de ne rien vouloir » remarque Nietzsche en une formule saisissante. De même le Nihilisme n’est pas inexorable c.à.d. sans issue : l’humanité finira par se sortir progressivement des Impasses dans lesquels son manque d’Energie, de Volonté et d’Attention l’a fourvoyée. Par exemple, Nietzsche dans son ouvrage célèbre Le Gai savoir constate la Mort de Dieu c.à.d. la perte de notre Foi en Dieu, origine de notre perte de Foi en la Vie et de notre perte de Fidélité à Nous-mêmes. Le Nihilisme ne reste jamais sans conséquences et se caractérise surtout par ses effets désastreux et ruineux : dégradation de l’Education et de la Culture (voir le beau livre de Michel Henry, Philosophe français du 20ème siècle, intitulé La Barbarie, c.à.d. la perte du Sens de la Culture et de la Civilisation authentiques) aliénation et exploitation de l’homme par l’homme. L’homme devient « un loup pour l’homme » d’après la remarque de Thomas Hobbes (philosophe anglais du 17ème siècle) reprise de Juvénal, auteur satirique latin du 1er siècle avant J.C.), alors qu’à la Renaissance il était, selon la formule frappante de Benoît Spinoza (philosophe hollandais du 17ème siècle), « un Dieu pour l’homme ». Le Nihilisme engendre le Fanatisme, mais comment le produit-il et qu’est-ce que le Fanatisme ? Le Fanatisme est une sorte de Violence que l’on exerce contre les Autres et aussi contre Soi-même dans la mesure où l’on s’enferme dans des préjugés uni-latéraux (qui ne voient qu’un seul côté des choses) et au sens où l’on refuse la Différence de l’Autre et donc la Tolérance (qui n’est pas une faculté stoïque de supporter l’Etranger mais une Vertu  qui consiste à aller vers lui et à s’ouvrir à lui). Le fanum en latin désigne le Temple c.à.d. l’enceinte sacrée et consacrée d’où l’on ne sort pas et dans laquelle on reste enfermé à tel point qu’on empêche les Autres d’y entrer ou d’en sortir ! Comment la perte, ou du moins la raréfaction drastique, des Valeurs et du Sens engendre-t-elle cette Violence du Fanatisme, cette Rigidité et cette Incompréhension de la Différence de l’Autre ? Ce sont bien entendu la Peur, la Paresse, l’Ignorance, la Lâcheté, le manque de Probité (le Souci et le Courage d’affronter la Vérité) qui sont responsables du Fanatisme, comme l’ont bien montré les philosophes français des Lumières (18ème siècle) qui ont combattu sans relâche le Fanatisme, l’Obscurantisme et la Superstition. Mais pourquoi et comment un nouvel Obscurantisme, une nouvelle Superstition étendent-ils leur Ombre sur le Monde à l’heure de la Mondialisation ? En quel sens la Technique, la Technocratie et maintenant la Technoscience étendent-elles leur empire et leur emprise aliénants sur la Terre entière ? Dans quelle mesure (mais le Nihilisme, le Fanatisme ni le Terrorisme ne sont des fatalités, car selon Raymond Aron, Philosophe français du 20ème siècle, « Les hommes font l’histoire même s’ils ne savent pas l’Histoire qu’ils font ») seule une Techno-logie (une Réflexion, logie, rationnelle et rigoureuse, sur la Technique, technè, comme art d’inventer et de produire) à dimension éco-logique (souci du Bien commun, oikos) peut enrayer cette escalade de la Violence nihiliste et terroriste? Qu’est-ce que le Terrorisme ? C’est l’attitude qui consiste à terri-fier, à terra-sser, à plaquer contre terre les humains et à les empêcher de regarder le Ciel c.à.d. les Valeurs supérieures, l’Esprit, la Culture, l’Education par les Idées ? Le premier Terrorisme c’est la Bureaucratie c.à.d. le contresens complet sur l’injonction de Saint-Simon (penseur français du 19èmesiècle) selon laquelle « Il faut remplacer le Gouvernement des hommes par l’Administration des choses », et il engendre un second Terrorisme (le Meurtre de Masse). N’est-ce pas finalement le Souci de philosopher, l’effort pour contempler les Idées par-delà l’Aliénation de l’homme par l’homme, qui supprimera le Terrorisme et le Fanatisme en remplaçant le Nihilisme par une nouvelle manière d’aborder l’Esprit, ses Valeurs et son Sens universels ? « Et combien d’Aurores n’ont-elles pas encore lui ? », demande Nietzsche en exergue de son ouvrage Aurore ? Mais il ajoute plus loin de manière pessimiste : « Il n’y pas encore assez d’Amour dans le Monde pour qu’une véritable Religion soit seulement possible ».

Conclusion-Ouverture :

Au terme de ce Parcours toujours ouvert, incessamment repris et inlassablement complété (car il est nécessairement et heureusement lacunaire, non systématique) nous avons peut-être pu acquérir la conviction que l’acte de philosopher, de penser, est nécessaire et vital pour l‘Esprit humain.

Au terme de ces dix Séances, des Présences assidues comme des Présences sporadiques (mais le nombre des Participants a toujours oscillé entre cinq et quinze, sans jamais devenir nul !!) ont contribué par leur Foi et leur Fidélité dans l’acte de la Raison, à la bonne Tenue de ce Café Philosophique, et nous tenons ici à les en remercier, de même pour l’Accueil qui nous a été réservé tout au long de ces dix Séances par le Café Auguste.

Après des Vacances bien méritées consacrées à la lecture et à l’écriture pendant les mois de Juillet et Août, nous donnons donc Rendez-vous aux Participants ( qui pourront proposer de nouveaux Thèmes de réflexions et de débats, comme par exemple la Beauté, la Nature, la Vérité, la Parole, l’Imagination, et faire de nouveaux Exposés) et aux Nouveaux -Venus, le dernier Vendredi du mois de Septembre, le Vendredi 30 septembre 2016 à 19h au Café Brasserie Le Passage Saint Michel, Place Saint Michel (officiellement Place Meynard) face au Bar La Flèche (donc au pied de la Flèche Saint Michel, à côté du magasin d’Antiquités Le Passage Saint Michel) pour un premier Thème de Réflexion : qu’appelle-t-on Penser ?

Que Tous se souviennent ici, pour se donner du Courage et du Cœur à l’Ouvrage, de la merveilleuse formule de Guillaume d’Orange, Prince de Hollande (17ème siècle) : « Je n’ai pas besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».

Christophe Steinlein, Professeur Agrégé de Philosophie à Bordeaux.

Toutes Suggestions ou Remarques seront bienvenues aux Coordonnées suivantes :

christophe.steinlein@free.fr

Mobile : 06 84 03 47 96.                                                              Bonnes Vacances studieuses à Tous !!

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