APHORISMES

APHORISMES DU TABLEAU .

recherches et projections.

 

 

 

Vie—dépouillement, nudité, déchiquètement.

 

Joie—globalité de la vie.

 

Nature—nécessité aveugle.

 

Destin—conscience de soi mais comme d’un ennemi.

 

Hiérarchie—tout est parfait dans son genre, mais le genre le plus parfait est en retrait.

 

Amour—comprendre la nécessité infrangible de toutes choses. Aimer l’idée qu’il n’y a pas d’amour mais seulement de la volonté de puissance, amour suprême.

 

On parle toujours de l’autre et pour l’autre en croyant dire quelque chose de soi.

 

La  plus grande contradiction  : être envieux de ce qu’on méprise.

 

Se mettre dans la nécessité la plus grande. Hiérarchie vraie ou affirmation de la volonté de puissance. Singularité créatrice : Nietzsche, Kierkegaard, Sade.

 

Hiérarchie de la joie—il n’y a pas de petites et de grandes joies. Il y a seulement la joie relative des Nains et de Géants.

 

La plus grande solitude est nécessaire à la  plus grande souffrance—elle-même nécessaire à la plus grande pensée.

 

En un sens matériel et superficiel, l’homme est forme et la femme matière. En un sens spirituel et profond, l’homme est contenu et la femme superstructure.

 

Le plus essentiel : la durée—Comment durer, endurer et indurer le temps comme durée?

 

Savoir quelle expérience on doit faire, quel risque on doit prendre.

 

Descartes, expression définitive de la liberté.

 

Marcher sur le Sol de la Terre—se réapproprier le Sol et le Socle de la Terre.

 

Loi universelle du réel : chaque être repasse par toutes les figures de son passé. Ceux qui ne dépassent pas leur passé en repassant par toutes ses figures sont condamnés à le revivre en le subissant passivement—ce sont les trépassés : ils se croient vivants mais ils ne savent pas qu’ils sont déjà morts.

 

Se choisir des ennemis parfaits. La plupart ne sont que des médiocres.

 

Synthèse difficile entre le Vouloir-Vivre ( le Sexe) et le vouloir-penser (le Sens).

 

Probité la plus grande : être absolument dur et opaque face à soi, imperceptible et transparent face aux autres.

 

Nietzsche et Spinoza : la synthèse nécessaire autant qu’impossible—les seuls qui aient jamais compris quelque chose à la Nature et à la Vie.

 

La synthèse interne est difficile : il n’y a pour l’instant que des synthèses externes et superficielles.

 

L’homme et la femme : deux individus soumis aux mêmes lois universelles de la volonté de puissance, mais sous des rapports entièrement et nécessairement différents.

 

Solitude—enfermement libérateur. On s’aperçoit que tout est indifférent. On n’a plus besoin de rien—rien ne m’est plus, plus ne m’est rien.

 

Supprimer le corps partiel, morcelé, les objets partiels, le désir partiel—Garder l’autre pur et entier.

 

Loi nécessaire du couplage entre l’entropie et la néguentropie—On n’imagine pas la quantité faramineuse et astronomique de gâchis qu’il faut produire dans la vie, individuelle et collective, pour parvenir au plus petit résultat.

 

Toutes choses sont intimement et étroitement liées par la compensation, loi éternelle et nécessaire.

 

Segmentation du temps—son usage nécessaire (cyclique et linéaire).Dans chaque instant il  y a l’éternité enveloppée et repliée.

 

S’ouvrir au miracle de l’être : il y a de l’être, nous sommes dans l’absolu—nous le touchons sans l’embrasser, dans un sentiment océanique.

 

Ne prendre que ce qu’on nous donne—ne rien chercher d’autre.

 

Rapport objectif de la subjectivité à elle-même—ne plus s’écouter, se choisir comme élément du Tout, sans aucun état d’âme.

 

Ne rien vouloir d’autre que soi-même—sa solitude, son destin, son éternité, sa béatitude propre, sa hiérarchie et son individualité singulières nécessaires.

 

Celui qui se dépasse—effort sur lui-même, il n’a plus à faire qu’à la Nécessité, à la loi pure, aveugle, immuable.

 

S’arracher de tout pouvoir en direction de la puissance—Ne jamais vouloir la tristesse et l’impuissance de l’autre, ne jamais lui faire honte de sa faiblesse. Refuser l’esclavage, être implacable sur ce point : refuser tout pouvoir sur l’autre.

 

Principe du Réel—les choses se mettent en place progressivement dans la durée et la nécessité d’après une loi immanente. Les choses deviennent progressivement ce qu’elles doivent être de toute nécessité et éternité.

 

L’ordre—tout est dans l’ordre, tout rentre dans l’ordre, tout se tient dans l’ordre. Hiérarchie incontournable des perspectives hiérarchiques elles-mêmes.

 

Liaison de toutes choses—liberté comme refus, affirmation et compréhension.

 

Anarchie—C’est la restitution due de la hiérarchie vraie. Nul ne peut franchir le fossé de la nature de son destin, du destin de sa nature.

 

J’ai forgé un fragment d’éternité (un aphorisme de moi-même)—Patience dans l’Azur : tout ce qui est profond vient de très loin.

 

On gagne sa liberté quand on se met face à sa propre nécessité—Ecrire ou ne pas écrire un livre.

 

Ne plus vouloir être autre chose que soi-même—malgré la diversité des figures du vivant et de la vie. Intégrer le multiple à l’un en lui laissant sa spécificité.

 

Dormir et prendre son temps—Tous ces impuissants agités, enchaînés par le pouvoir cherchent à aliéner les puissants libérés du pouvoir. Pitié pour les forts! On a toujours à défendre les forts contre les faibles (les grégaires, les animaux de troupeaux, dérisoirement agrégés à leur petits agrégats référentiels et normatifs d’une vie qui n’est que l’ombre d’elle-même).

 

Saisir les idées au vol—elles sont tellement rares et fugaces, fugitives comme si nous ne les méritions pas. Les apprivoiser, les reprendre et les travailler sans cesse.

 

L’autre, monade absolument incommunicable—Ne plus perdre son temps avec l’autre, l’autre qui est en l’autre comme l’autre qui est en soi. Double altérité et étrangeté—Sculpter sa propre statue par éviction (évidement, et éduction) de ce qui est autre, dans l’affrontement de l’autre à l’autre.

 

Regarder en face—sans en être séduit—la  mort de soi que porte l’autre.

 

La plus grande vertu ou probité : savoir se tenir chez soi, par soi.

 

Hegel pratique, sur le terrain : passer par tout le négatif et récupérer tout le passé.

 

Après avoir tout dit—il manque encore l’essentiel. Je me suis tout dit—sauf l’essentiel. L’essentiel échappe et se dérobe constamment. Tourner autour de soi-même sans répit dans la plus grande solitude, et sentir qu’on s’est manqué.

 

La chose la plus difficile : savoir ce que l’on veut vraiment—écouter toute voix, mais sans influence, en s’instruisant seulement.

 

Enigme —Comment être content de soi et de ce qu’on a, de ce qu’on est, de ce qu’on peut, malgré l’infinité des autres puissances, degrés et formes?

 

Mouvement d’humeur—J’ai gagné le droit, qui se mérite et se  paie très cher (c’est le prix de la solitude de la pensée) de dire mon indifférence et mon ironie au monde. Rien ne m’est plus, plus ne m’est rien, mais le rien n’est pas rien, le rien perce, c’est la chose même. Ne plus s’encombrer de gens qui ne comprennent rien à la vie, à la pensée, à la solitude.

 

Nanisme psychologique de la femme—A force de ne fréquenter que des enfants (par instinct naturel et nécessité vitale et sociale) elles ne grandissent jamais sous aucun point de vue. Ou alors seulement du point de vue du sentiment d’amour—l’homme reste puéril, stérile, enfantin en amour. Question de compensation : la femme grandit et s’élève par où l’homme rapetisse et diminue, et inversement.

 

Ecologie spirituelle—savoir être chez soi, se tenir auprès de soi dans son (mi-)lieu d’être. Il s’agit  de toute éternité et de toute nécessité de donner le plus grand assentiment possible à la plus grande fatalité.

 

Renoncer pour être— non pas renoncer à être.

 

Niaiserie de Sartre—On n’est pas de trop, on est au contraire en pénurie d’être, on n’a pas assez d’être. Le monde est infini en sa puissance et nécessité, l’homme est quelque chose qui doit être dépassé et non pas qui doit se dépasser. Quelque chose de plus grand que l’homme surgira de l’homme et de nulle part ailleurs—le fils de l’homme, mais pas en sens chrétien.

 

Loi de compensation universelle, mécanique—ce qu’on possède en mode majeur fait nécessairement passer le reste en mode mineur. Par exemple la finesse de Hume et de ses commentateurs s’oppose à la force d’affirmation de la vie et à son essence tragique—Beauté du Monde, de ses Dieux et de ses Héros.

 

Ma loi personnelle absolue, constitutive de ma vie—se tenir dans un écart radical à mon semblable afin de mieux le comprendre et le percevoir. Probité de l’expérience humaine authentique.

 

A chaque rencontre j’acquiers un petit quelque chose—mais le chemin est long et je suis faible :   Ars longa, Vita brevis.

 

Mes points de repère vitaux—Bach, la mathématique absolue, Chopin la sensibilité absolue, Beethoven la puissance absolue, Mozart la légèreté absolue.

 

Ma propre lanterne—je cherche un homme en plein jour, mais il n’y a que du désert. Il faut savoir peupler son désert. Le Métronome, image de la nécessité, de la limite, de la mesure. Nécessité de maîtriser son temps, son rythme. Hygè la Santé, Apollon la Pureté.

 

Prendre le Monde au sérieux—la vérité est toujours déjà en train de se faire et de se refaire dans le mouvement rétrograde du vrai.

 

Vérité de l’agencement machinique du monde—chacun se construit (sur) un plan d’immanence. Désirer c’est agencer, connecter, produire sans manque. Mieux : connecter le manque au désir en tant que réplétion particulière.

 

La seule façon de supporter le réel et d’être content de soi—Considérer la relativité absolue de la hiérarchie des êtres (qualité et intensité) et la mobilité absolue des transversalités possibles et rhizomatiques.

 

A partir du rêve—traiter autrement sa propre vie, en prise sur les archétypes. Se servir du rêve pour traiter les vrai problèmes.

 

Le plus difficile—la synthèse interne et singulière de toutes les formes de vie et de degrés d’être.

 

Nous sommes d’ores et déjà dans l’absolu—L’absolu est toujours déjà là qui nous tient et retient en ses liens infrangibles.

 

Observation intuitive d’une loi—les êtres, les choses, les idées, les corps, les flux, les apparences s’organisent et s’agencent de telle sorte que tout soit lié comme par une loi de compensation. Là où apparaît uns chose, ailleurs disparaît une autre chose. Ainsi dans le plan d’immanence, des événements imminents en amènent d’autres, réels, de même nature. Caractère de l’exprimable ou de l’eccéité singulière.

 

L’être, humain ou impersonnel, est caché mais toujours déjà son visage se dé-voile, se dé-cèle, se ré-vèle, en partie seulement.

 

Chercher derrière le masque, derrière le visible apparent, en amour, en amitié, dans la réalité même de la vie, ce qui se cache, se trame et se joue réellement—Ce qui est très exactement vouloir aimer vraiment la Vie.

 

Apprendre la solitude, pour apprendre le silence et la parole, préliminaires indispensables à l’apprentissage de la liberté et de l’indépendance. Apprendre à ne plus penser, pour apprendre comment penser, et ce qu’on a à penser. Apprendre la légèreté, la surface, pour apprendre la profondeur et la célérité : dialectique des contraires.

 

Affirmer la Vie—cela veut dire : surmonter tous les dégoûts, tous les échecs, toutes les infériorités.

 

Tout chose dépend pour son évaluation  du point de vue où l’on se place—relativisme absolu et intégral. L’ordre est partout et le désordre n’est qu’un déplacement apparent de l’ordre, qui peut être restitué adéquatement.

 

Hiérarchie infinie de l’Être à partir de l’Un—tout être se tient dans son degré de perfection, sentiment, action, pensée.

 

Amour—Gouffre abyssal d’où lentement émerge le vrai visage d’un être, participant de l’être, et lié à cet événement et dont la figure se modifie en conséquence.

 

Libérer la Vie en l’homme—libérer l’homme de ce qui l’entrave, et d’abord de son caractère morbide, qui lui fait tendre constamment à enfermer et amoindrir la vie, à nier la vie en lui. La plupart des hommes combattent pour leur esclavage comme s’il s’agissait de leur liberté.

 

Surmonter constamment le ressentiment qui nous fait tendre à abandonner la vie, à ne plus vouloir (se) donner (à) la vie.

 

Penser—C’est expérimenter et non pas interpréter. Accepter de se maintenir longtemps dans l’obscurité et l’immobilité. Accepter la lenteur nécessaire, mais aussi le danger, le péril, la stérilité et la folie.

 

Retrouvaille avec le tableau projectif, construit de mes mains. Il accueille mes pensées les plus fragmentaires. Laboratoire fragile de la pensée.

 

Objectiver en les projetant les pensées les plus subjectives. Les transposer dans l’imprimerie. Imprimer et exprimer.

 

Tableau toujours présent pour mes pensées fugitives, avortées et éclatées.

 

Recevoir le monde comme un phénomène qui se donne. Surmonter le conflit des interprétations—affrontement des visions et interprétations du monde.

 

Qu’est-ce qui sera sauvé du naufrage du temps? Le temps, pure dispersion éclatée sans avenir, engloutie avant d’éclore.

 

N’être qu’une succession d’angoisses successivement surmontées dans l’éclatement du temps—réappropriation impossible.

 

Ne prendre délicatement que la fleur de l’instant, sans quoi on sombre dans l’abîme du temps. Les femmes n’ont pas de temps, elles n’ont que de l’espace.

 

Accumulation positive/négative, quadratique et non linéaire, des déterminations de la volonté de puissance. Quand on rate quelque chose, tout s’effondre dans la chute et inversement—Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur.

 

Tout vivant dans le contexte de la vie cherche la puissance limitée par des conditions externes et internes. La lutte pour la puissance est exactement la définition de la puissance.

 

Rien n’est plus faux et ridicule que de croire que la sagesse donne de la supériorité—La sagesse n’est qu’un mode de vie parmi les autres et parmi les plus improbables.

 

Proportion inverse du nietzschéisme pratique et théorique. Un nietzschéen théorique puissant est un piètre nietzschéen pratique et réciproquement.

 

Ironie de l’activité intellectuelle —ce sont ceux qui sont les moins aptes à vivre  un domaine, qui, paradoxalement, se montrent les plus compétents pour le comprendre, le disserter, l’analyser. Ceux qui ont le mieux parlé de la puissance ont eu beaucoup de problèmes pratiques avec cette notion. Ceux qui ont le mieux parlé de l’amour ont éprouvé de grandes difficultés à le vivre.

 

Vaincre la haine, en haïssant la victoire.

 

Résister à la résistance, refuser le refus. L’affirmation est une involution de l’âme.

 

Se hisser à la hauteur de soi-même en sombrant tragiquement dans la profondeur de soi-même. Se laisser couler à pic, lesté de tout le tragique, vers le bleu profond de sa propre obscurité infinie.

 

Non pas tuer le temps mais faire mourir ce qui nous fait mourir.

 

Dans le lieu le plus humble, le plus réduit, le plus obscur, s’élabore le laboratoire fantastique et incertain des pensées les plus délirantes. Les élèves m’élèvent à moi-même par réfléchissement. Leur présence opaque et épaisse, mais innocente vigoureuse, jeune et belle, contraignent mon esprit à émerger  sous la torture d’une étroite et obscure profondeur.

 

La poésie, on la trouve seulement au beau milieu de son contraire, splendide et intact amis absolument cachée: le prosaïque le plus infâme renferme la poésie la plus sublime. De même on ne trouve le rationnel que par et dans l’irrationnel. Exemple entre mille, sujet de controverse avec un interlocuteur privilégié. C’est dans la viande de l’assouvissement immédiat et brutal que se trouve délicatement protégée la chair du désir médiatisée dans la durée de l’amour.

 

La plus grande con-solation (avoir un sol à soi et avec soi) se cache derrière l’i-solation et la dé-solation les plus extrêmes (être privé du sol commun mais en avoir conscience douloureuse).

 

Mouvement rétrograde du vrai et de la puissance. Ma précocité sera tardive et je naîtrai posthume. Ce qui vient de très bas et de très loin se forge peut-être le destin d’aller très haut et très loin. Aveuglement égoïste de ceux qui se donnent sans compter à leur destin implacable : ils croient qu’ils sont les seuls à souffrir, que le monde est seulement pour eux, qu’ils sont seuls face à Dieu, qu’ils sont Dieu eux-mêmes, càd un désert infini (le désert de la solitude glacée ou brûlante, c’est Dieu sans les hommes). Or, qui ne voit, de manière altruiste et sym-pathique, ces innombrables vies qui souffrent et tendent inconsciemment et faiblement à la même chose, sans espoir ni révolte? Le révolté est un privilégié dont le privilège est acquitté par la plus grande souffrance. Tous les autres restent même confusément inconscients de leur souffrance d’être.

 

L’âme tout comme le corps doit avoir se cloaques immondes, ses égouts répugnants mais nécessaires. Mais elle doit les cacher et ne représenter qu’une face acceptable, résultat de ce processus caché d’épuration. Cette image du cloaque de l’âme n’est pas seulement une métaphore de ce qui se passe réellement dans le corps mais elle est une réalité indépendante, à elle seule.

 

Mon destin est peut-être d’aller jusqu’au bout de mon destin pour en explorer les limites. Cette production de l’illusion de la possibilité de dépassement est absolument nécessaire pour atteindre la pleine conscience sereine du caractère médiocre et borné de mon destin. Mais c’est être grand que de vivre comme si on n’était pas un nain (même et surtout si on en est un, sans espoir), un être éminemment et irrémédiablement borné et nul.

 

Faire le vide en mon âme, supprimer toute haine, rancune, rancoeur ou ressentiment, ne jamais les laisser pénétrer en moi, à la différence de la plupart des gens empoisonnés inconsciemment par leur propre ressentiment. Le mien reste à la surface, ce qui est très pénible, mais l’avantage est qu’il ne pénètre pas en profondeur et n’empoisonne pas mon sang spirituel.

 

Ne plus souffrir ne plus somatiser sa propre haine. Être complètement détaché, extérieur et indifférent à soi-même. Chacun porte inconsciemment sa propre laideur inscrite sur son visage. Mais moi je veux en toute conscience ne plus porter sur mon visage que la trace d’un effort sublime pour supprimer tout laideur en moi. Peut-être cette trace échappera-t-elle elle-même à la laideur?

 

La force vitale (vis vitae), une des formes les plus subtiles de la volonté de puissance est un tout indécomposable en des parties schématiques et simplifiées propres à la chimie et à la mécanique.

 

Le point d’entrave (das Hemmungspunkt) est la condition d’accumulation d’énergie libérée par le mouvement rétrograde du vrai et rétrospectif de la durée.

 

L’insuccès sera mon succès, la défaite sera ma victoire. Le véritable triomphe est de dépasser l’échec par la reconduction de toutes les formes d’insuccès qui se succèdent.

 

La véritable “ré-ussite” (uscire, latin = sortir de ) c’est justement de ne pas (s’)-en sortir, ne pas chercher à sortir de la spirale de l’échec mais précisément au contraire chercher à y entrer. Rester au fond du trou pour forer et perforer au-dessous des structures vermoulues du système du nihilisme et de ses exploiteurs. Je suis de ceux qui forent et perforent, creusent et fouillent, des galeries et des souterrains en vue d’un dépassement vers de nouvelles lignes de forces. Ne pas chercher à sortir du cercle mais chercher les moyens infaillibles d’y entrer et de l’affirmer pour l’éternité.

 

Première pensée pour le nouveau tableau. Mon destin est absolument pourri, et il consiste à affirmer éternellement envers et contre tout cette pourriture éternelle. Je ferai de mon destin effroyable (qui consiste à stagner dans la médiocrité tout en ayant une conscience aiguë de cette stagnation) une oeuvre d’art que m’envieront tous les privilégiés du destin qui auront transformé de belles possibilités en un écoeurant néant. J’accepte et j’assume de dépasser ce destin contraire et stérile jusqu’à la mort et je revendique cette assomption. Je m’engage à tout faire, très lentement, très difformément et très stérilement, sans aucune espèce de puissance d’effectivité et de résultat. Tel est mon destin qui est de vouloir être tout et de ne même pas pouvoir n’être rien. En témoigne ce banal et bancal tableau qui m’a coûté beaucoup de temps et d’énergie pour un résultat très médiocre. Mais je vomis tout ceux qui réussissent socialement, qui prennent les meilleures places intellectuelles et culturelles : car ils sont définitivement vains et stériles.

 

Dureté de la vie dans le passage, que ce soit l’objectivité du passage ou le passage à l’objectivité. Commet produire une subjectivité objectivement performante sur la description objective du réel?

 

Accumulation quadratique des événements qui se précipitent, s’accélèrent et s’accumulent selon les lignes de force du champ de tenseurs de récursivité. Il n’y a aucune linéarité, qui n’est qu’un fantasme illusoire et commode de la représentation.

 

Intuition fondamentale qui me coûtera la vie, toute ma vie, mais la philosophie créatrice comme vision du monde (et non comme ressassement stérile de niais et de nains difformes et imbus de pouvoir et de volonté de puissance malades) est à ce prix de martyre et de sacrifice. Cette intuition qui se développe infinitésimalement dans mon esprit est celle de la circularité des chaînes tensorielles qui structurent dynamiquement, càd du point de vue de la durée, le monde réel. Pour passer d’une position à une position supplémentaire, il faut attendre qu’une position initiale se libère. C’est une loi universelle qui est immanente mais que personne ne voit et qui demande un temps très long avant d’être parfaitement clarifiée. La nature se cache et a soin de bien dissimuler ses secrets les plus profonds et fondamentaux. Tous ces niais et ces nains qui prospèrent et paradent en surface n’ont pas la moindre idée de ce qui sous-tend le monde de l’esprit. Seuls quelques individus obscurs, marginaux, rejetés, ont le privilège étrange d’entrevoir intuitivement une ombre de vérité qui mettra des siècles à se faire jour. Nous sommes nés posthumes, Nous!— les chercheurs d’absolu.

 

Interprétation du sexe. Le sexe est sur-interprété, sur-valorisé. Le sexe est moins grave que la guerre, même s’il peut aussi dévoyer et dévier. La femme est liée aux pulsions sexuelles de vie (nature) tandis que l’homme est lié et enchaîné aux pulsions agressives de mort (esprit).

 

Théorème de l’inversion des proportions. La réalité est inverse de l’apparence, par exemple dans le cas de l’échec et de la réussite. La vraie victoire est d’être toujours en mouvement. L’échec consiste à se fermer, à renoncer au mouvement, à se figer dans une routine immuable et un conformisme stérile. La victoire consiste à demeurer toutjours en dépassement, à devenir le dépassement lui-même, peu importe dans quelles circonstances et conditions.

 

Les couples d’inversion. La vie / le vivant, la douleur / la souffrance (physique, psychique, morale), le vieillissement /la mort, la maladie / la santé, le deuil et la mélancolie / l’affirmation de la puissance, l’angoisse / l’innocence du devenir.

 

Principe de la théorie des tenseurs d’intersubjectivité. 1°/ Intuition phénoménologique de l’invariance du fond à travers la variation des surfaces. 2°/ Tout revient identiquement à lui-même dans l’élément de la différenciation (retour des masques, théorie des personnages reparaissants).

 

La souffrance est en soi infinie, mais limitée en l’homme. L’homme n’est même pas capable de souffrir infiniment, c’est pourquoi il a délégué ce rôle à une figure idéalisée de lui-même, celle du Christ.

 

La vie est la valeur fondamentale, le sens radical de toutes choses. Elle conditionne la pensée. Aussi a-t-elle droit à un respect infini. Il faut libérer, affirmer et sanctifier la vie.

 

Pour affirmer la vie il faut d’abord évacuer toute haine, être purement affirmatif.

 

Complexité infinie du monde. Toutes les forces sont séparées mais dépendantes.

 

Retrait intérieur, silencieux, obscur, pour penser. Fuir vers l’intériorité pour saisir les vérités selon une intuition phénoménologique de la forme et de l’essence. Vivre dans l’élément de l’idée en changeant de plan. Maîtriser autrement les forces tensorielles de la durée créatrice.

 

Le visage de la femme change la nuit, au clair de lune, pendant l’amour. La femme révèle alors sa véritable identité, longuement et soigneusement cachée, sa dimension intrinsèquement lunatique, qui fait qu’elle ne brille jamais d’elle-même mais simplement par reflet d’une source lumineuse plus intense et extérieure : elle n’est de plus qu’un satellite ô combien utile, indispensable, qui règle la gravité des océans donc de la vie.

 

Pensée fondamentale, déjà énoncée par Nietzsche, et que je retrouve d’un point de vue pratique et intuitif. Quoiqu’on fasse dans le monde en bien ou en mal (aimer, inventer, agir, penser) il faut le faire comme si l’éternité en dépendait, y était en jeu. Le contenu du monde et celui de l’action et de la pensée dans ce monde importe finalement assez peu. Ce qui compte en réalité c’est bien la modalité d’affirmation de ce contenu indifférent, càd la pure forme.

 

Loi universelle. Coïncidence absolue et nécessaire des figures apparaissantes, en fonction des conditions particulières du moment (cycle du retour éternel).

 

Problème fondamental de l’étant : perception transcendantale de l’espace, du temps, de la matière, de la causalité. Où passe l’infini détail du réel qui se déploie dans la durée? Où passe le temps? Où se dissipe et se disperse l’infinité des forces et des formes transitoires, des actions et situations ponctuelles?

 

On verrouille son propre enfer dès lors qu’on pense, en même temps qu’on fait une chose, à tout ce qu’on a raté et manqué concernant cette chose (et que les autres cependant ont réussi). Il est absolument nécessaire d’annuler cette erreur fatale.

 

Aimer la vie par le travail et le travail par la vie. La vie affirmative et le travail créateur sont les seules dimensions respectables et salutaires dans le monde de l’homme. Tout le reste n’est au fond que pur néant.

 

L’inhumain. Non humain, humain très, trop humain. Surhumain, transhumain. La part irréductible de l’inhumain, le dépassement de l’humanité dans l’humanité.

Paradoxes :

1°/. Seul l’humain peut être (devenir, se montrer) inhumain.

2°/. Pourtant l’humanité n’est pas la sphère des bons sentiments (il est inhumain d’être mou car l’homme doit se dépasser).

3°/. Renversement : ce qui paraît le plus humain est l’inhumain et inversement.

4°/. Traitement de la cruauté, de la lâcheté : c’est ce qu’il y a de pire dans l’humain.

5°/. Ce qu’il y a de meilleur dans  l’humain. La dureté envers soi et en vue d’une dépassement vers la surhumanité.

6°/. Condition de la surhumanité inhumaine, écart et distanciation constante d’avec soi-même . Objectivité et extériorisation par l’intériorité.

7°/. L’inhumain peut être pensé parce qu’il est dans  (au coeur de ) l’humain.

8°/. L’immonde est dans le monde, mais sous quelle forme?

9°/. Transvaluation de toutes les  valeurs symboliques : Nietzsche.

 

Méthode pour penser la philosophie de la Nature, la physique et la métaphysique de la Nature. Une intuition phénoménologique fondamentale : la formation d’une vague, qui ne doit pas être trop vague pour être bien pensée. Notion de point d’entrave, point de fermeture de l’infini dans le fini. Auto-contrainte de la nature dans la forme de ce phénomène (métaphysique). Philosophie de la vague et du surf (le ressac). Le devenir vague du surfer et le devenir surf de la vague. Prolongement, habitude et habitation de la vague. Déroulement par compensation (Leibniz) et par composition (Spinoza). Dépliement et repliement, enveloppement et développement. Physique de la vague. Amortissement, viscosité, turbulence, auto et contra- rotation.

Comment, à partir de la singularité du phénomène de la vague (géante, agrandie ou non), on peut découvrir une loi universelle valant pour toute la forme essentielle de la Nature.

Maturité. Pour la première fois de ma vie j’ai levé les yeux au ciel, j’ai observé la lune, j’ai fait de l’astronomie. “Le petit chien de M. Bergeret ne voyait pas le bleu du ciel, incomestible (Anatole France). Je ne suis plus un animal depuis que j’observe l’animal.

 

On a les gouvernants, le monde, la société que l’on mérite selon une nécessité immuable, celle des lois du réel. On ne peut espérer rien d’autre. C’est pourquoi le nihilisme est temporairement nécessaire. Nul ne peut provisoirement le solutionner. Comme une vague monstrueuse on doit attendre qu’elle s’annule d’elle-même, qu’elle s’atténue sous l’effet de sa propre inertie jusqu’à s’exténuer.

C’est pourquoi il faut être aussi dur, inexorable, implacable et nécessaire que la Nature. Car on n’obtiendra que ce qu’on aura strictement investi, ni plus ni moins. Même dans une période de nihilisme et de dégradation sans précédent où les nuls, les médiocres et les stériles ont pris le pouvoir, faire de son mieux doit à terme rapporter quelque chose.

Car c’est toujours la Nature qui gagne en ses lois immuables.

On ne dépasse pas son destin immuable et éternel de même que nul ne peut sauter au-dessus de l’esprit de son temps qui est absolument nécessaire.

On ne prête qu’aux riches, en tous domaines, et non seulement dans la sphère des biens matériels.

Tout possède une structure quadratique, rien n’est linéaire. Toutes les choses s’accumulent selon des schémas et structures quadratiques et non linéaires.

Pour penser la structure du monde il s’agit de se retirer loin de l’agitation sociale, loin du bruit et de la fureur du monde, et pourtant sans pour autant entrer dans une cellule de moine. Mais par ce retrait intérieur qui nous permet de prier pour le monde de manière certes non religieuse mais purement aléthique, on peut espérer agir sur le monde, en créant des interprétations modifiantes du monde.

 

Le monde social reste l’image exacte, en ses lois immanentes et nécessaires, du monde naturel.

 

Puis-je considérer comme possible et probable de pouvoir rattraper mon propre temps?

 

Il faut libérer la vie dans les gens et libérer les gens pour qu’ils libèrent la vie qui se trouve et se tient en retrait et en secret en eux. Chacun cherche inconsciemment ou du moins subconsciemment non pas tant à se conserver qu’à s’accroître. Partout où j’ai cherché la vie j’ai trouvé le désir du temps, la volonté de l’esprit même en retrait et comme caché. L’esprit de vie brille par son absence comme en évidement et en creux, son dévoilement a pour condition son retrait. Il reste palpitant dans l’ouvert, dérobé à sa propre expression.

 

La vérité de la création est la présence initiale d’un intuition fondamentale (il faut bâtir dans le voisinage lointain de l’initial). Cette intuition fondamental fulgurante et fulminante, il faut s’efforcer d’en tirer toutes les conséquences herméneutiques. On développe donc constamment, dans la patience et l’endurance de la déclosion de l’être, par-delà le déchaînement de l’étant, l’idée d’un éternel retour du même. On cherche à raffiner cette intuition nietzschéenne comme théorie de la réapparition des mêmes figures sous des masques différents. L’éternel retour des mêmes forces s’effectue sur des fonds et des formes différentes, autrement dit différentielles et qui portent en elles le principe de leur micro-mouvement. Réapparition sempiternelle des mêmes personnages sous des masques différents.

 

Le monde (la Nature, le réel, l’Esprit, la Vie) sont résolument infinis et nous sommes infinitésimaux. La Société est l’image homéomorphe exacte de la Nature. Il faut lutter jusqu’au bout, sans espoir, mais joyeusement dans la grâce et l’innocence du hasard, de la nécessité et de leur devenir conjoint.

 

Développer une philosophie du pur plaisir humble d’exister sans qualités, ce qui constitue un sommet phénoménologique. Le phénomène apparaît dans sa pureté quand il se montre dans le dénuement le plus complet, dans l’ouverture absolue de son retrait foncier.

 

Retrouver le grand Nietzsche, par-delà la médiocrité infinie de l’époque. Il faut se faire plaisir, c’est un devoir. Renoncer au renoncement, détourner le regard de la laideur et de la bassesse. Refuser de se laisser emprisonner et empoisonner plus longtemps par le nihilisme, l’opportunisme et la médiocrité. Après tout c’est une chance historiale que le retrait de l’être chez ceux qui en ont conscience. Ainsi ils peuvent le penser en son lieu propre, dans la plénitude de son absence. Il faut donc lire Nietzsche, chercher Nietzsche, écrire sur Nietzsche, enseigner Nietzsche, faire signe dans la direction de Nietzsche. Nietzsche reviendra par delà lui-même et son époque, au-dessus de laquelle il aura tenté de s’élever. Il prépare Heidegger et ramène à Héraclite.

 

Rester très modeste et très humble. Il s’agit d’intérioriser de petites opérations multiples, opérations ponctuelles, intellectuelles, en évitant toute tentative de synthèse floue et molle, mais avec en revanche une profonde régularité, continuité et détermination résolutive.

 

Erreur profonde de l’expression tuer le temps. En effet le temps n’est un ennemi qu’il faut tuer que parce qu’au préalable on l’a défiguré en le contraignant dans une caricature qui ne lui ressemble nullement. Si au contraire on fait du temps un compagnon, un allié, alors on ne pense plus à le tuer mais à le faire vivre. Il est vrai que la vie est tellement riche que l’on se sent comme une nostalgie devant notre petitesse présente et notre supposée grandeur perdue. Le temps ne me tue pas, et inversement je ne tue pas le temps. Le temps me grandit et je suis le temps, de tout mon être.

 

N’être plus qu’une pensée vivante, sans pour autant oublier de vivre. Mais précisément vivre complètement comme si on était une pensée. Transposer la vie dans la pensée, et symétriquement transposer la pensée dans la vie.

 

Récupérer le passé, tout le passé, rien que le passé. Ressaisir sa propre liberté dont on nous a longtemps dépossédé. Objectiver sa subjectivité. Verrouiller son propre temps, donc sa propre mort. N’être plus que le gigantesque désir de lire, d’écrire, de penser, de dialoguer (surtout avec soi-même, et de force avec les autres, ces grands paresseux!).

 

Etre enfin soi-même dans le séjour de sa propre déclosion d’être, tout près de son retrait dans l’ouvert. Pour être libre il faut être seul, irrémédiablement seul et caché. C’est précisément ce que je suis et ce que je veux être après que les circonstances, les contingences et les hasards de l’existence me l’ont silencieusement suggéré. Je suis né posthume, je mourrai inconnu, tel est mon destin. Ne pas refuser aux médiocres leur médiocre compensation d’être les lieutenants et les sbires, les sicaires et les janissaires dérisoires du déchaînement de l’étant. Il serait contradictoire de prétendre séjourner positivement dans le retrait ouverte de la clairière de l’être et d’envier en même temps les morts-vivants—car ils se croient vivants mais ils ne savent pas qu’ils sont déjà morts—qui s’emparent avidement des apparences de l’étant. Laisser les choses là où elles sont et ne faire que ce qu’on a faire. Seule une situation humble, anonyme, modeste, presque nulle et sans qualités, est appropriée à le rencontre de l’être par-delà le déchaînement artificiel de l’étant. Mettre sa vie en perspective sur la ligne de véritable fuite de Husserl, Heidegger, Char, Hölderlin, Parménide, Héraclite, voilà vraiment une chance historiale, favorable à la déclosion de l’être voilé dans son étant préalable.

 

La joie de penser l’être dans le retrait et la solitude sont la plus haute récompense de ce retrait et de cette solitude. Elles veulent résolument être affirmées pour l’éternité.

 

Récupérer le passé, tout le passé, rien que le passé. Endurance absolue de la pensée dans la durée et l’induration de son propre approfondissement. Devenir dense, simple et court, dépasser ses propres insuffisances, éparpillement, mollesse, complication.

 

Deux problèmes métaphysiques, ontologiques et phénoménologiques fondamentaux. D’abord comment est possible une massivité infinie du réel en même temps qu’une différenciabilité infinie de ses parties dans l’espace, les forces, et la matière ? Ensuite comment est possible une traçabilité infinie du réel et une immédiateté infinie de la présence des choses, dans la simultanéité des temps ?

 

Surmonter la mauvaise conscience, l’angoisse, la culpabilité, la frustration, la non maîtrise du passage entre principe de plaisir et principe de réalité. Penser le déchirement tragique, se tenir sereinement auprès de lui, s’unir à l’opposition dans l’élément de la dissociation.

 

Comme dans la pièce de Caldéron (La vie est un songe) on est tous des monstres enchaînés par la laideur et la bêtise. Nous ne demandons qu’à être délivrés de nos chaînes pour devenir enfin nous-mêmes.

 

Reprendre tout le passé dans l’ordre, et en ordre.

 

La plus grande erreur de la vie humaine : demander aux êtres et aux choses plus qu’ils ne peuvent nous donner.

 

Tenter d’être soi-même et de penser par soi-même en récupérant son passé, autrement dit en transfigurant le négatif.

 

La vraie révolution est microscopique, différentielle, infinitésimale. Selon la loi découverte par Heidegger, elle ne peut se déployer que dans et par le retrait silencieux.

 

Similitude du peintre et du penseur (par exemple Van Gogh). Comment faire s’écrouler, percer ou surmonter le mur entre présence et représentation, entre ce que je ressens et ce qui est rendu par l’expression ?

 

Tous les problèmes de l’individu se situent dans le corps et dans le rapport à ses pulsions, aggravés par l’absence de schéma corporel et de structuration de soi.

 

On trouve la solution d’un problème simplement en y pensant toujours. Il s’agit de creuser l’être par la pensée, faire que la pensée devienne de l’être et l’être de la pensée.

 

L’intuition fondamentale, encore obscure, se confirme et s’éclaire progressivement. Il y a une seule et même volonté de puissance, un vouloir-vivre unique, qui passe par de multiples figures équivalentes et circulaires permutantes. L’intuition fondamentale a pour essence d’être un bloc unique qui doit être différencié constamment en une multiplicité de discursivités cohérentes. Le problème est alors de savoir comment penser cette circulation d’un même contenu sous des figures formelles (situations, positions, configurations) différentes.

 

La vie devient vraiment intéressante à quarante ans, mais il faut alors préserver le plus possible sa santé, qu’on a malheureusement allègrement gâchée auparavant.

 

Le plus grand dépassement de l’homme consiste à être absolument sensible à la pitié sans pour autant ne jamais se laisser submerger par elle.

 

Nietzsche a chanté inlassablement la beauté de la vie dans sa cruauté et son implacabilité, qui consiste à tuer sans se faire tuer. Les animaux obéissent aveuglément à cette loi universelle : seul l’homme pourrait aménager cette loi mais il ne le fait pas. L’homme tue son semblable.

 

La richesse et la variété profusive de la vie lui permettent de se développer dans des conditions plastiques extrêmes, en vertu du caractère de continuité absolue du milieu de vie.

 

Aucune forme de vivant ne cherche d’abord et uniquement le fonctionnement mécanique (la survie), mais il tend d’abord à affirmer la volonté de puissance. C’est pourquoi nous devons un respect absolu à la vérité de la vie, qui est volonté de puissance.

 

Personnellement je suis poli et habile (vivant), je m’adapte (plastiquement) toujours à une situation même si elle se présente à mon désavantage. Mais je m’adapte à l’adaptation que j’en fais uniquement en vue de l’accession à une plus haute puissance.

 

Progression de la sexualité duale. Désinflation de la sexualité fantasmatique, réhabilitation de la sexualité réelle.

 

L’équation fondamentale pose que la nature est essentiellement et fondamentalement le désir. Tout est désir, même la haine et la destruction.

 

Toutes les femmes sont belles et désirables, car elles transportent en elles l’amour fondamental qui est celui de la nature qui s’aime elle-même éternellement.

 

Aphorismes poétiques et thématiques, ou feuilles volantes du désespoir d’écrire. Utilité du carnet d’esquisses aphoristiques et poétiques : il s’agit d’être une éponge phénoménologique, autrement dit transcrire la vision et l’intuition de l’idée, ou bien le donné à voir en tant qu’il est sursaturé. Le but est d’interpréter l’être en ses multiples manifestations, en ses multiples sens, mais aussi se réapproprier le passé, le transcrire intégralement dans l’esprit. En somme il faut tendre à réintégrer l’affect sous le concept en une assomption subsomptive, mieux, une subsomption assomptive.

 

Distinguer l’intérieur et l’extérieur. L’extérieur est effroyable, relativement à l’habitude que l’on a de son propre intérieur. Mais il faut affronter la dure réalité, sa laideur, sa misère, sa difformité, et en tirer un profit, un bénéfice intellectuel et symbolique.

 

L’hystérie s’exprime dans sa résolution orgasmique (larmes et sanglots). En effet l’hystérie exprime une frustration sexuelle qui s’est enracinée dans l’enfance. Elle rend peu désirable, d’où la diminution des rapports sexuels, ce qui engendre en un cercle sans fin une aggravation de cette hystérie. Seul l’orgasme, quand il est sollicité violemment peut emporter les derniers résidus bloquants de l’hystérie. Exemple d’analyse de situation d’hystérie dans la position coïtale (mâle en dessous, femelle au dessus). Cette position inversée peut s’expliquer par la domination secrète et implicite de la mère, conjointement à une absence et démission du père.

 

Pour surmonter un problème, la méthode générale est d’accumuler les obstacles dans le temps, et activer ponctuellement une puissance d’arrachement ou de surmontement.

 

Pessoa : je suis tous les individus du monde. Moi : tous les individus du monde sont en moi. Inversion et réciproquation des points de vue.

 

Deux principes de vie :

1/. Affronter toujours la vie dans sa dimension de freinage et de viscosité. De tout ce qui entrave, en faire une impulsion dynamique.

2/. Approfondir ce qu’on a, ce qu’on est, ce qu’on fait : transfigurer profondément le négatif.

 

Pourquoi y a-t-il un écoulement-compression quadratique des choses et pas seulement une développement linéaire ?

 

Les choses ne se donnent que progressivement. Elles ne se donnent que si préalablement on se reçoit d’elles. C’est une loi universelle qui reste valide dans tous les domaines.

 

Un humain n’est grand que si on le reconnaît comme tel. Reconnaître la grandeur d’un individu c’est le rendre humain et le convier à se dépasser.

 

A propose de la théorie des puissances chez Schelling : il s’agit d’introduire le formalisme mathématique de la physique dans les considérations sur le sens et la valeur, non pas gratuitement et arbitrairement mais afin de mieux saisir le sens profond des choses. Ainsi il s’agit d’utiliser au maximum la puissance du quotidien, porter la vie quotidienne à sa plus haute puissance.

 

Nécessité de se réconcilier avec la vie par la musique, le chant, la danse, le sport — marcher, nager, courir, tracter.

 

Laisser déborder l’intégralité du souvenir sans se laisser submerger : c’est l’acte même de la volonté de puissance la plus authentique.

 

Qu’est-ce que l’évolution ? C’est la nature qui se spécialise, qui se finalise, autrement dit s’autonomise par sa force plastique elle-même. On est donc en présence d’une hiérarchie des puissances et des échelles qui permet que les vivants soient façonnés par leur milieu problématiquement holistique, au sens où reste conflictuel le rapport des individus et de la totalité qui les englobe.

 

Figer le destin pour paradoxalement ne pas se figer soi-même, autrement dit l’accepter tel qu’il se donne sans songer à le transformer en quoi que ce soit.

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